Des jumeaux, un rêve

Des jumeaux, un rêve

février 20, 2022 0 Par Naufrage en pleine Mère

Finalement en avoir deux en même temps c’est magnifique, mais la chance que tu as d’en avoir qu’un(e), je l’aurai pris volontiers certaines journées. ”

Des jumeaux, un rêve.

Lorsque j’ai entendu cette phrase pour la première fois, je suis restée bouche bée. Moi même, avoir des jumeaux, je n’y avais jamais, ô grand jamais pensé. Lorsque j’ai entendu cette phrase, cette phrase que l’on m’a adressé, je suis restée là, figée. Je n’ai pas su quoi répondre, pas su quoi dire…


« j’ai toujours rêvé d’avoir des jumeaux. »
Juste une phrase comme ça, sortie de nulle part. Sortie un peu vite, probablement. Mais qui m’a fait l’effet d’une bombe.


Parce que j’ai repensé à toutes ces nuits où je m’imaginais bercer mon bébé sans entendre mon autre bébé au loin qui me réclamait en hurlant. Parce que je me suis vue, revue, envier les mamans de singleton, prendre le temps de mettre de la crème à leur bébé chaque soir après leur bain ou même de lui faire un petit massage avec une huile. Je me suis revue envier ces mamans en poussette aussi fine et minime soit elle, se baladant avec leur bébé, ou encore profiter d’un temps de jeu sans devoir surveiller mon autre bébé qui se retourne, rampe, explore. Parce que je me suis revue envier ces mères de pouvoir se reposer, siester avec leur enfant dans les bras, endormie pendant que moi je berce les deux à la fois, me ruinant le dos sans avoir une minute à moi. Je me suis souvenue de toutes les fois où j’aurai aimé bercer mon bébé jusqu’a ce qu’il s’endorme ou l’allaiter jusqu’à ce qu’il n’ait plus faim. Jouer à coucou toute la journée, l’entendre rire, me consacrer qu’à lui, profiter entièrement de lui. Lui changer sa couche et jouer en même temps ou le porter dans une écharpe presque toute la journée.


Je me suis repassée en boucle toutes les fois où j’ai pleuré parce que je n’arrivais pas à avoir plus de 5minutes seule dans une journée. Je me suis rappelée penser au bébé de ses mamans singletons, qui allient cours de natations le dimanche matin et à moi qui espérait et espère toujours avoir deux bras de plus pour subvenir aux besoins de mes deux bébés en même temps. Ou simplement aux fois où je n’ai pas pu aller me balader au parc, sortir de chez moi, ou encore pouvoir aller au supermarché parce que les caddie ne comportent qu’une place assise pour les bébés. J’ai jalousé ces mamans qui s’entraînaient, prenaient soin d’elles pendant la sieste de leur bébé parce que moi, ils ne dormaient pas toujours en même temps. Parce que parfois je m’enfermais dans les toilettes pour pouvoir être seule ne serais-ce que 10min. Parce que parfois j’oubliais que j’avais été quelqu’un avant d’être une maman de jumeaux. Avant de devoir les porter tous les deux à bout de bras pour qu’ils puissent se calmer et s’endormir. Avant de devoir ruser pour les faire manger en même temps. Avant de devoir mettre mon cerveau sur pause pour pouvoir lâcher prise. Avant de devoir user de tout mon corps pour jouer, les faire rire, qu’ils ne manquent de rien. 


Cette phrase qui semble tellement anodine m’a ramené à ces moments où je me sentais mal pour eux. Où je culpabilisais de ne pas pouvoir leur offrir toute mon attention, tout mon amour, tout ce qu’ils méritaient en tant que petit être vivant, petit être humain. Humains qui disposent chacun de besoins, d’envies différentes et qu’ils faut connaître, reconnaître, assouvir au bon moment. Je me suis revue avec mon ventre qui portait deux bébés, ces deux bébés, mes deux bébés. Parce qu’il était pesant, visible, handicapant. Parce qu’il m’a immobilisé plusieurs jours, mois. Parce qu’il était rond, lourd et qu’il m’empêchait de me déplacer ou faire des choses que j’aimais. Que ce ventre immense impliquait aussi beaucoup plus de rendez vous médicaux et de rendez-vous de suivis rapprochés. Que j’allais probablement être plus à risque de tout ce qu’implique une grossesse et que j’allais probablement ressortir un peu plus amochée, fragilisée de mon accouchement mais aussi plus forte et différente. Que finalement en avoir deux en même temps c’est magnifique, mais la chance que tu as d’en avoir qu’un(e), je l’aurai pris volontiers certaines journées. Qu’en avoir deux en même temps, ça ne veut pas seulement dire « juste une grossesse », ça veut dire tout ça aussi.
Toutes ces difficultés. Tout ces doutes. Tout ces instants volés qui ne reviendront jamais. Toutes ces minutes à se décupler pour eux, pour ne rien manquer de l’un ou de l’autre. En avoir deux en même temps, c’est beau chez les autres. C’est un rêve éveillé. Un idéal. Un rêve qui porte bien son nom parce que dans la vie, le rêve s’estompe pour devenir réalité. Le réel de cette vie avec des jumeaux. À vouloir tout pour eux mais ne pas toujours avoir le temps. Ce temps que l’on doit donner à chacun. Ce temps qui file si vite qu’ils ont déjà 6 mois et que vous n’avez rien vu ni passer ni venir. Ce temps qu’on aimerait accélérer certains jours et arrêter d’autres jours. Ce temps qu’on ne voit plus passer avec des jumeaux. Mais qu’on chérit malgré et contre tout de nous avoir donné ce cadeau de la vie. Ce temps, ce corps, cet amour, cette complicité. Ce tout. Ces mots, cette phrase résonne encore en moi, car si on ne le vit pas, on ne peut le savoir ni même s’en douter.

J’aurai aimé avoir un seul enfant et pouvoir me consacrer à lui comme je l’avais idéalisé, j’aurai voulu l’allaiter jusqu’au sevrage naturel mais je n’ai pas pu faire tout cela, à la place j’ai donné deux fois plus d’amour en même temps, j’ai bercé, je me suis découverte des ressources, une puissance intérieure, un amour inconditionnel. Je ne changerai cela pour rien au monde, mais le rêve parfois se fane. Le rêve parfois s’éteint pour laisser place aux doutes. Le rêve. Le rêve de jumeaux. Le rêve de la gémellité j’ai hâte de le découvrir quand ils pourront parler, marcher. Et l’épanouissement ne sera que plus grand. La fierté aussi d’y être arrivée, d’y arriver. Mon rêve à moi grandit chaque jour en apprenant ce nouveau rôle de maman de jumeaux. Mon rêve à moi c’est eux, c’est nous quatre. Ensemble.