La charge mentale

La charge mentale

février 26, 2022 0 Par Naufrage en pleine Mère

« Oh des jumeaux ! C’était mon rêve »

« C’est deux fois plus de bonheur »

« C’est tellement magnifique »

Un rêve ? Du bonheur ? Magnifique ? ‌

Il n’y a bien que les gens qui n’ont jamais eu de jumeaux pour pouvoir dire ce genre de chose. Le rêve est bien chez les autres oui. Le bonheur aussi. Je n’ai jamais rien vécu d’aussi dur que d’avoir des jumeaux… Toujours se dédoubler, donner deux fois plus (pour recevoir deux fois plus, je vous vois venir), passer de l’un à l’autre, faire pour un et recommencer de nouveau. Vos journées sont interminables et pourtant elles passent à mille à l’heure, vous répétez les mêmes gestes identiques frénétiquement chaque jour. Vous n’avez plus le temps. Le temps de rien. Vous espérez qu’ils fassent leur nuit mais la journée ils vous épuisent. Vous avez l’impression de ne faire que ça toute la journée. Et c’est le cas… Tout le reste est mis à rude épreuve, oublié, se demandant parfois si ça avait existé. Vous cherchez de l’aide, là où vous pouvez en trouver, mais eux, eux ne souhaitent que vous. Vous êtes leur personne préférée. Vous érez.

Votre vie avant eux n’est qu’un lointain souvenir. Ils vous comblent, c’est une certitude. Mais vous perdez pied. Vous en avez deux à gérer, 24h/24 7j/7. On ne voit pas la difficulté si on ne la vit pas au quotidien.

Et moi la difficulté, j’étais persuadée de la dompter, de l’apprivoiser, de la surmonter ou bien simplement de vivre avec. Mais cette difficulté là, elle m’a anéantie. Mise hors contrôle, K.O.

Ce sont deux Merveilleux petit garçons, aussi souriants l’un que l’autre, aussi drôles, aux regards coquins et malicieux, un brin charmeurs, parfois râleurs. Ils sont ce que j’ai de plus cher. Mais la difficulté de vouloir leur donner le meilleur, d’être là, de m’occuper d’eux de la même façon, LA difficulté à tout emporté avec elle.

J’ai essayé de prendre 10min par jour pour moi, ou bien, une demi-journée par semaine, ça fait du bien, ça oui, mais la réalité vous rattrape très vite, trop vite.

Mes épaules ont encaissé bien des choses, aujourd’hui j’ai l’impression que je n’y ferai pas face. La charge mentale. La voilà. Celle qui vous dit que vous pouvez toujours mieux faire. Qui vous rappelle que d’autres sont passés par là avant vous et ont réussit. Celle qui vous prouve que vous êtes censée réussir à nettoyer, ranger votre maison, faire a manger, s’apprêter, être une femme, une working girl et aussi et surtout le plus beau rôle du monde, une maman. La charge mentale vous la prenez en pleine face un soir d’hiver. Elle vous a rattrapée… En plus de la difficulté, la charge mentale va clairement vous mettre à terre. Parce que non, je ne suis pas capable de nettoyer, ranger ma maison, faire a manger, m’apprêter, être cette femme, compagne et mère. Parce que entre nous, je le répète, je n’ai même pas le temps de pisser. La charge mentale c’est celle qui vous fait penser que vous n’êtes pas capable.. et un jour, elle y arrive.

En effet, vous n’êtes pas capable d’être tout cela à la fois parce que vous avez deux magnifiques jumeaux qui vous regardent avec amour et qui ne veulent qu’une chose, vos bras. Vous vous réveillez un matin en vous disant que vous n’y arrivez plus. C’est trop. Ça en est trop. Les nuits hachées, le laisser aller, l’incompréhension, le manque de temps, d’énergie, la solitude, l’enfermement. Vous êtes pourtant la meilleure personne pour eux. Vous faites pourtant le meilleur pour eux. Mais vous?

Vous dans tout ça? Où êtes vous? Vous vous êtes laissée submergée par cette vague d’amour, de nouveauté. Vous qui avez toujours été forte. Vous qui n’avez jamais voulu demander de l’aide par peur de déranger ou des jugements, aujourd’hui, vous criez, vous implorez. C’est ça ou la chute. La chute ferait trop mal, et je vous rappelle, qu’ils ont besoin de vous. Mais ils ont besoins de vous en bonne santé, en forme, en adéquation avec vous même. La charge mentale c’est un gouffre, un tourbillon. Un jour vous pensez y arriver, certaines choses se sont améliorées et le lendemain c’est l’hécatombe. Il y aura des jours plus difficiles que d’autres. « En grandissant ça ira mieux », ahah, bien sûr que ça ira mieux, mais avant qu’ils grandissent il faut passer par là et ramasser les pots cassés.

Je met des mots sur ce que je ne sais dire. Je me lève chaque matin avec argne et admiration pour mes jumeaux, il faut affronter la journée et se créer de magnifiques souvenirs. Je me couche le soir lessivée et reconnaissante de les avoir et d’y être arrivée. Je ne peux pas dire que je souhaite silence, calme, solitude, ou tout autre chose même si parfois j’y pense, mais des jumeaux c’est énormément de sacrifices, de remises en questions. C’est du surpassement sans cesse. Des efforts et des ressources inimaginables. C’est de l’amour bien sûr et du bonheur à l’état pur. Mais aujourd’hui, je n’arrive pas à le voir. Mon monde est flouté. J’ai mal de m’être noyée.

Demain, je dois recommencer.