Ma première douche

Ma première douche

février 18, 2022 6 Par Naufrage en pleine Mère

Humiliante. Fût le mot. Comment prendre soin de son corps, se laver, prendre du plaisir à être sous la douche comme autrefois alors que 17 agrafes sont posées sur votre corps, en l’occurrence le mien. Souillé, suintant, saignant. Mon corps qui ne ressemblait à rien de ce que j’avais connu ces derniers mois. Gonflé par la grossesse, des hématomes, douloureux alors qu’insensibles au vu de l’anesthésie. « Enlevez le pansement. Frottez bien entre les agrafes, au savon ». Mon cerveau s’est déconnecté. Comment peut on dire ça a une femme qui vient d’accoucher la veille par césarienne. Frottez bien? Courbée, car impossible de me tenir droite. Je me revois assise sur ce siège d’hôpital à prendre ma douche, ce semblant de douche qui n’est pas fait pour vous laver mais simplement vous rafraîchir. Complètement désemparée, je reste là, assise sur ce tabouret froid à essayer tant bien que mal de prendre ma douche, car les mouvements de mon corps sont encore bien trop douloureux. Je peux à peine lever les bras, cela tire sur mon bas-ventre, je peux à peine me savonner les jambes, je ne vous parle pas des pieds, bien trop bas mais il aurait fallut que je passe entre ces agrafes. Agrafes qui me rappelaient l’échec de mon accouchement, agrafes en relief sur mon bas-ventre dont je prenais à peine connaissance. L’eau coule pourtant sur mon corps, mais c’est le sang que je vois ruisseler sur le sol. Le sang de cette cicatrice qui fait désormais partie de moi. Je ne sais pas si elle m’a fait du bien, ce dont je me rappelle c’est l’aide que j’avais besoin pour ce moment si bénin dans une vie. Le premier trajet pour aller à la douche m’a paru insurmontable et pourtant il ne fallait faire que quelques pas. L’aide précieuse de mon conjoint pour me sécher car impossible de m’essuyer seule. La grosseur de mes seins et le lait qui en coulait abondamment et dont je ne savais que faire les premières fois. L’envie d’uriner qui m’était passé dû à la sonde que l’on m’avait posé. Il fallait que je ré-apprenne à mon cerveau et à ma vessie à faire pipi. Acte anodin mais il m’a fallut plusieurs jours pour vider ma vessie quand j’en avais envie et non quand j’y pensais. Et ce reflet dans le miroir qui vous rappel que vous venez de mettre au monde deux enfants par votre ventre. S’habiller était aussi une épreuve de plus, bas de contention au vu de mon inactivité, culotte haute, pour ne pas que ça frotte la cicatrice, chemise pour allaiter, les seins à l’air. La pudeur était partie, depuis bien longtemps, avec le ballet incessant des sages-femmes, puéricultrices, médecins, pour savoir si ça allait, moi et les bébés, pour soigner cette cicatrice, pour prendre ma tension, me donner des anti-douleurs. Je sentais ces regards, non moqueurs mais bienveillants, un sourire aux lèvres comme pour dire « on en a vu d’autres, mais sexy ». Incapable de marcher et d’être là auprès de vos bébés pour les premiers changes, le premier bain. Cette première douche, je m’en souviens et celles qui ont suivies également. Me rappelant sans cesse que le corps est formidable mais que la douleur est impensable et intolérable, me privant des premières fois uniques dont j’avais tant rêvé.