Parce-que ça n’arrive pas qu’aux autres. Un jour les autres, c’est vous.

Parce-que ça n’arrive pas qu’aux autres. Un jour les autres, c’est vous.

février 16, 2022 2 Par Naufrage en pleine Mère

« L’annonce. « 

Parce que ça n’arrive pas qu’aux autres. Un jour les autres, c’est vous. Et vous n’en revenez pas. Non vous n’avez pas été informés, accompagnés. Non, vous ne pouviez pas l’imaginer ni même le penser. Non vous ne connaissiez pas les risques. Vous êtes seule. Seule face à ce tsunami de nouveau, cet ouragan de changement. Vous endossez un rôle sans mode d’emploi. Vous y allez doucement mais sûrement. En effet, vous n’avez pas le choix. Il faut se lever le matin, croyez-moi, ils seront là pour vous le rappeler sinon. Vous avez une double casquette. Il faut être mère pour deux. Je ne sais pas ce qui a été le plus dur. Savoir que j’attendais des jumeaux. Ou vivre avec cette gémellité au quotidien. Parce que le monde qui se construit à l’intérieur de vous, deux êtres qui se forment, c’est quand même incroyable. Et vous vous réveillez un matin et vous en êtes persuadée. Vous n’êtes plus seule dans ce corps. Vous êtes enceinte.

L’annonce fut un choc. Un choc sans nom. Rien ne pouvait m’y préparer. Je me suis levée un matin, un jour avant mes règles, donc rien ne m’y alertait. Mais je savais. Je le sentais. J’étais en train de fabriquer l’être que j’aimerai sans aucun doute, le plus au monde. C’est ce que j’aurai aimé. Aimé vouloir cet enfant. Aimé que ce soit le bon moment. Aimé tout préparer pour l’annoncer gaiement au papa et à la famille. Aimé aller avec joie et impatience aux échographies. Aimé que cela se passe dans l’amour.

C’était un vendredi 19 septembre 2020. Et j’aurai aimé que cette date soit le plus beau jour de ma vie. C’était un 19 septembre, il était 8h du matin, quand je me suis levée en sursaut en étant persuadée que j’étais enceinte. Le corps est bien fait, il vous envoi tout un tas de signaux. Mon cerveau m’avait joué des tours toute la nuit, comme à son habitude. Impossible de bien dormir cette nuit-là, il fallait que j’en ai le cœur net. J’avais des tests d’ovulations dont je m’étais servie un mois sans grande conviction. J’avais donc des tests de grossesses. Je ne pensai pas, ô grand jamais, que j’aurai pu tomber enceinte aussi rapidement. Je ne voulais pas. Pas maintenant. Pas comme ça. Pas là. Pas. Le contexte ne s’y prêtait absolument pas. Je venais de démissionner de mon job 1 mois auparavant. Je devais en commencer un autre, à responsabilité, 15 jours plus tard. J’avais une formation d’œnologie le lundi suivant, avec dégustation de plus de 20 vins, malgré le fait de recracher, on inhale, j’étais perdue. Le barbecue avec les amis le lendemain, comment faire bonne figure alors que ma nuit était ponctuée de pleurs. Mon conjoint, démarrait une formation à l’autre bout de la France 2 mois plus tard. Nous devions déménager pour emménager ensemble. Et surtout, même si j’étais persuadée qu’il était mon âme sœur, nous ne nous étions retrouvés que depuis 7 mois à peine.

J’ai fait un premier test de grossesse, non sans stress, je le sentais, le savais au plus profond de moi, mais non, ce jour-là, ça ne pouvait pas m’arriver. J’ai donc fait pipi sur cette bandelette, première fois que je faisais un test de grossesse. Et voilà que la bande apparaît. Immédiatement, ne laissant aucun doute. Je n’y crois pas ou plutôt je ne voulais pas y croire. Mon cœur s’emballe. J’en refais un deuxième. Puis trois. Je pleure. Je pleure car l’arrivée de ce bébé, je n’en veux pas. Je suis incapable d’être mère. Incapable de faire un deuil sur cette vie que je mène. Je pleure. Je suis perdue. Je sors de la salle de bain et aujourd’hui, je regrette cette annonce à mon conjoint mais ce jour-là, cela ne pouvait être autrement. Je crie, hurle de panique «je suis enceinte ». Il était encore endormi… Le choc. « Tu as fait un test ? » TROIS. Je m’assois sur le bord du lit. Je ne voulais pas qu’il me touche, qu’il me prenne dans ses bras. J’étais apeurée. Terrorisée. Qu’avais je fais? À quel moment avais-je été si imprudente? Je m’en voulais. Mais je savais. Je savais quelle date c’était. Mon esprit était en fusion mais je savais. Ce 5 septembre restera à jamais dans ma mémoire. C’était ce jour. Le jour de la conception.

Au bord de ce lit, complètement effondrée, je me suis levée, je me suis lavée, comme si je devais sentir cette eau couler pour laver mes pêchés. J’ai compris, qu’il fallait que j’aille acheter d’autres tests à la pharmacie, celui qui date à peu près la grossesse et un test normal. Au cas où. La pharmacie n’ouvrait qu’à 9h. C’était impensable pour moi d’attendre. Qu’allions nous faire. Puis, j’ai appelé ma mère. Mes parents. Je leur ai demandé de sortir de chez leurs amis. Ou bien de s’assoir. Puis de but en blanc, je leur ai dit que j’étais enceinte, en pleurant. Ils étaient contents, eux. Ce jour-là, c’était probablement les seuls à y voir de la joie. Les autres tests faits. Positifs. 2-3semaines. Il faut se rendre à l’évidence. Je suis enceinte. J’attends un bébé.

C’est à partir de ce moment que j’ai dû vivre avec cela, ce secret au creux de mon ventre et je n’imaginais pas une seule seconde ce qui allait m’arriver. Le coup de trop. Très vite mon ventre s’est arrondie. Tout s’est passé, bien passé, très vite. Trop vite. Il faut faire une prise de sang, 22 septembre, qui révèlera bien cette grossesse. Wahoo. Choc. Échographie, 29 septembre. Tout s’enchaîne. Il faut savoir depuis quand. Je n’avais jamais mis les pieds dans un cabinet d’échographie. Je n’avais jamais vu cet appareil. Mais j’y suis. Seule. Foutue Covid. C’est là, devant moi. Un point noir dans une poche. Puis un long silence. Deux points noirs… À ce moment-là, je n’y comprends plus rien. À ce moment-là, je me mets sur pause. À ce moment-là, je viens de plonger. « Y a-t-il des jumeaux dans votre famille? Parce que j’en vois AU MOINS deux, peut-être trois. » Je ne me souviens plus avoir répondu. Je ne me souviens plus avoir posé de questions. Elle a sans doute continué de parler. Mon monde venait de s’écrouler. Les pleurs ne se sont jamais arrêtés, ni quand j’ai appelé Kevin pour lui annoncer que c’était pas UN mais DEUX bébés, ni à mes parents. Après cela, il a fallu attendre 15 jours pour être sûrs qu’il y en ait deux, trois ou plus qu’un. 15jours. C’est long. Très très long. 14 octobre puis 20 octobre, j’avais fait appel à 3 sages-femmes, deux gynécologues, deux échographistes. Je crois que je ne voulais pas y croire. Mais tous était formels. J’étais enceinte. De jumeaux monochoriale bi amniotique. Des vrais jumeaux. 2 poches. 1 placenta.

Puis viennent les questions. Je ne m’étais jamais retrouvée dans un cabinet à parler IVG, SA, SG … Il a fallu prendre une décision. J’ai mis 1 mois et demi à me réveiller chaque jour en me demandant ce que je devais faire. Avorter. Ou non. Je me suis renseignée. Je suis allée aux rendez-vous. On m’a tout expliqué. Le protocole. La date limite. Avais-je le courage de le faire ? Pour quoi ? Pour une carrière ? Qu’est ce qui était le plus douloureux et insupportable à vivre ? Les tourments de la maternité commençaient déjà à me hanter. La date limite était arrivée. La décision a été prise la veille. On les garde. La dernière semaine avant une éventuelle intervention.

Nous nous sommes donc lancés dans la parentalité. Très vite j’ai dû l’annoncer à mon employeur. Très vite j’ai été en arrêt pathologique. Tout cela ne s’est pas fait sans crainte. Pas sans larmes. Pas sans doute ni questionnement. Seulement avec beaucoup d’amour. De l’amour ça, nous en avions, et à revendre. Une première histoire, notre première histoire, 13 ans avant. Et nous nous étions de nouveau rencontrés. Des âmes sœurs. C’est donc ça. Deux bébés pour ces deux histoires, c’était un signe. Voilà ce que je me suis dit. Le signe et la chance d’une vie. Nous voilà lancés dans la maternité. La grossesse, avec ce ventre qui s’arrondit dès le 1mois. « mais ils sont deux là-dedans« . Nous n’en revenions toujours pas. Mon ovule s’est divisé en deux, la science ne l’explique pas, comment pourrais-je, moi, le comprendre. Puis les rendez-vous s’enchaînent, tous les 15jours. On vous parle de trisomie et surtout du syndrome transfuseur transfusé, de la possibilité qu’un des bébés devienne le transfuseur et l’autre le transfusé, que le sang de l’un passe dans le sang de l’autre. Lors d’une grossesse de « vrais » jumeaux c’est là tout la crainte et c’est le pourquoi de ces rendez-vous si récurrents. Pour le coup, c’est nous, qui avions le sang glacé, toutes les deux semaines, de se demander si l’on allait découvrir qu’un des bébés s’était fait happé par l’autre et s’il allait falloir déclencher cet accouchement des semaines plus tôt afin que les deux bébés puissent vivre.

Je n’avais jamais idéalisé une grossesse, la mienne, puisque je n’y avais jamais pensé. Mais cela m’angoisse, ou plutôt ils m’ont angoissé, le personnel médical. Tout en essayant tant bien que mal de vivre cela sereinement. Mais il faut toujours faire attention. À tout. Et pire encore, à bien les sentir. Stop. Comment sentir 2 bébés quand on ne les voit pas ? Quand on ne sait même pas dans quelle position ils sont ? J’ai fait confiance à mon corps, mon instinct. Une grossesse sans problème. C’est lourd, parfois déstabilisant de ne rien pouvoir faire. Mais c’est pour le bien de tous. Long. Très long. Les mois défilent. On y est presque. Notre vie vient de basculer mais on ne réalise pas. Comment pourrait-on le faire ? Il nous faudra plusieurs jours. Plusieurs mois peut-être même. Mais c’est bien nous qui avons créé ces deux merveilles. J’ai fermé les yeux. Dans un autre monde. Nous sommes bien passés de 2 à 4 en une minute. Malgré les doutes. Malgré les peurs. Malgré l’inconnu. Malgré la césarienne. Malgré tout.